Visiteur

Découvrir

Histoire de Trentemoult, ancien village de pêcheurs à Rezé

Trentemoult est un ancien village de pêcheurs et de marins sur la rive gauche de la Loire, dans la commune de Rezé, au sud de Nantes (Loire-Atlantique). Ses habitants s'appellent les Trentemousins. On le rejoint aujourd'hui à pied par des ruelles étroites, en Navibus depuis Nantes, ou en bus. Le village n'est pas un site fermé : c'est un quartier habité, avec ses maisons, ses chats, son port de plaisance et ses terrasses sur le quai.

Une île dans les îles

Trentemoult appartenait à un ancien ensemble d'îles, les îles de Rezé, prises entre la Loire au nord et le Seil au sud. Le comblement du Seil a mis fin à cette insularité. D'amont en aval, ces îles comprenaient l'île des Chevaliers (Haute-Île et Basse-Île), le hameau de North House, appelé localement Norkiouse, puis l'île de Trentemoult. Un petit cours d'eau, le Courtil-Brisset, séparait Trentemoult du reste. Le village regroupait l'essentiel de la population, au point que son nom a souvent servi à désigner toutes les îles de Rezé, habitées pendant des siècles par les mêmes familles.

Le nom vient probablement de « trente moux », c'est-à-dire trente tertres. C'est la forme que retiennent les cartes de Cassini au XVIIIe siècle. Une carte de 1778 et le cadastre de 1827 écrivent « isle de trentemoux ». Une autre explication, légendaire, rattache le nom au siège de Nantes par les Normands au IXe siècle : trente « moult », trente braves, auraient combattu les Vikings. Rien ne permet de la préférer à l'explication des tertres.

Pêcheurs

Jusqu'au début du XIXe siècle, les Trentemousins vivaient presque entièrement de la pêche. En 1397, le duc Jean IV accorde le monopole de la pêche à la seine en Loire aux habitants des îles de Rezé, de Bouguenais et de Sainte-Croix : Trentemoult en fait partie. Les Trentemousins embarquaient sur des barges, des barques à fond plat : à deux pour la Loire, à trois pour la mer. Ils allaient jusqu'à La Rochelle et Lorient, et à l'automne dans la baie de Mesquer pour le hareng. Les années 1756 et 1757 auraient été exceptionnelles pour la communauté.

Les maisons de pêcheurs sont faites pour les crues. Elles comptent en général trois niveaux. Le premier, inondable, sert de cellier. On habite au-dessus. Le grenier peut communiquer avec celui du voisin, ce qui permettait de se rendre visite sans bateau quand la Loire montait. L'escalier est souvent extérieur, pour atteindre la pièce de vie même quand le rez-de-chaussée est sous l'eau. Un crochet en toiture servait à hisser les meubles. Ces maisons hautes et serrées dessinent encore les ruelles.

Les quais ont ensuite limité les débordements : le quai Surcouf à partir de 1850, le quai Marcel-Boissard entre 1860 et 1888. Les dernières grandes crues dont on garde la mémoire sont celles de 1910 et de 1935.

Capitaines et cap-horniers

Au XIXe siècle, les marins délaissent peu à peu la pêche pour le commerce : d'abord le cabotage, puis le long cours. Pendant tout le siècle, Trentemoult est l'un des principaux foyers d'officiers de commerce du port de Nantes. Parmi eux, Julien Chauvelon, qui commanda le Belem pendant treize ans, et Georges Aubin, auteur de récits de voyages.

Pour armer ces capitaines, des chantiers s'installent dans les îles, d'abord à Trentemoult, puis à Norkiouse faute de place. On cite Chauvelon et Lemerle dans la première moitié du siècle, Boju, Clergeau et Tillé dans la seconde. À l'apogée, des bricks et des trois-mâts sortent des cales.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, des capitaines, dont des cap-horniers (ceux qui avaient franchi le cap Horn), se sentent à l'étroit dans les maisons de pêcheurs. Ils se font bâtir, à l'ouest du vieux village, des maisons bourgeoises et des jardins d'agrément plantés d'essences exotiques rapportées de leurs voyages. On dit souvent que les palmiers en sont le souvenir. Leurs noms restent dans les rues du quartier.

Roquios, déclin, retour de la navette

À la fin du XIXe siècle, les Nantais prennent l'habitude de venir. La ligne des roquios, ouverte en 1887, mène aux régates, aux bains et aux guinguettes. Ces bateaux à vapeur, proches du vaporetto, ont aussi emmené les Trentemousins travailler dans les chantiers navals de Nantes. En parallèle, la population du village est devenue surtout ouvrière.

En 1946, Trentemoult est jugé insalubre. En 1970, la ligne des roquios s'arrête. En 1979, un port de plaisance relance le site. En 1990, Jean-Loup Hubert y tourne *La Reine blanche*, avec Catherine Deneuve. En 2005, Claude Chabrol y tourne *La Demoiselle d'honneur*, et la liaison fluviale avec Nantes reprend sous la forme du Navibus.

Depuis le 12 novembre 2025, les navettes ne partent plus du ponton des Roquios, quai Marcel-Boissard, fermé au public, mais de l'embarcadère Trentemoult-Sablières, environ 500 mètres plus à l'ouest. La ligne N1 joint Gare Maritime en huit minutes environ. La ligne N2 continue vers Bas-Chantenay et le Hangar à Bananes. Le détail des horaires est sur la page « Venir ».

Maisons colorées

Les façades vives que l'on photographie aujourd'hui ne sont pas l'aspect d'origine des maisons de pêcheurs. La page Découvrir du site, qui s'appuie sur Rezé Mensuel et les Archives municipales de Rezé, situe leur apparition dans les années 1990. Loire-Atlantique Tourisme raconte une tradition plus ancienne et plus limitée : les pêcheurs peignaient les volets avec les restes de peinture des bateaux, et les façades devaient rester claires. Ce sont les habitants, encouragés par la mairie, qui ont ensuite coloré les murs. La place Talva, la Grand Rue et les venelles autour (rue Félix-Contant, entre autres) concentrent ces couleurs. Le village reste un lieu de vie : les cours et les jardins ne sont pas un décor.

Aujourd'hui

On visite à pied. Le guide de la Ville de Rezé le dit clairement : le lacis de ruelles n'est pas fait pour la voiture. Des parkings existent aux entrées du village, et un parking-relais accompagne l'embarcadère de Trentemoult-Sablières. Le samedi, de 8 h 30 à 13 h, un marché de producteurs et de commerçants en produits biologiques se tient au parking-relais du port, quai Robert-Surcouf.

Autour du port, des restaurants et des cafés ouvrent sur la Loire. Un peu plus loin, sur une ancienne centrale à béton, *Le Pendule* de Roman Signer, œuvre du parcours Estuaire 2009, dresse un grand balancier. Des ateliers d'artistes occupent le village et le Hangar du Pendule. Le Chronographe et la Cité radieuse de Le Corbusier sont à Rezé, pas dans les ruelles : ce sont d'autres visites, à ne pas confondre avec Trentemoult.

Trentemoult est aussi un quartier de Rezé, pas une commune. Pour s'y rendre, manger, voir les artistes ou suivre l'agenda, les pages de ce site renvoient chacune vers une de ces questions.

Questions

Trentemoult est-il à Nantes ou à Rezé ?

Trentemoult est un ancien village, aujourd'hui un quartier de Rezé (44400), sur la rive gauche de la Loire, au sud de Nantes. Ce n'est pas une commune. Ses habitants s'appellent les Trentemousins.

Comment venir à Trentemoult ?

Le plus simple depuis Nantes est le Navibus, à la Gare maritime (tram ligne 1). Depuis le 12 novembre 2025, l'arrivée est l'embarcadère Trentemoult-Sablières, et non plus le ponton des Roquios. On peut aussi venir en bus (lignes 30 et 36), à vélo, ou en voiture jusqu'aux parkings des entrées du village. Dans les ruelles, on marche.

Où prend-on le Navibus pour Trentemoult, et combien de temps dure la traversée ?

Ligne N1 : Gare Maritime ↔ Trentemoult-Sablières, environ 8 minutes, toutes les 12 minutes environ en semaine, 7 jours sur 7 sauf le 1er mai. Ligne N2 : Hangar à Bananes ↔ Bas-Chantenay ↔ Trentemoult-Sablières, environ 12 minutes jusqu'au Hangar. Les titres Naolib sont acceptés. Loire-Atlantique Tourisme indique que la traversée est gratuite le week-end : le tarif peut changer, le lien à suivre est naolib.fr. L'ancien ponton Trentemoult-Roquios, quai Marcel-Boissard, est fermé au public depuis le 12 novembre 2025.

Où se garer à Trentemoult ?

Le guide de visite de la Ville de Rezé indique des parkings aux entrées est, ouest et sud, et précise que les ruelles ne conviennent pas à la voiture. Un parking-relais jouxte le nouvel embarcadère Trentemoult-Sablières. Le samedi matin, le parking-relais du port, quai Robert-Surcouf, accueille le marché : il est pris à ces heures-là.

Y a-t-il un marché à Trentemoult ?

Oui. La Ville de Rezé indique un marché le samedi à Trentemoult, de 8 h 30 à 13 h, au parking-relais du port, quai Robert-Surcouf : producteurs et commerçants alimentaires en produits biologiques. Les marchés de Rezé sont aussi tenus les jours fériés, sauf à Noël et le jour de l'an.

Pourquoi les maisons de Trentemoult sont-elles colorées ?

Les façades vives ne sont pas l'aspect d'origine. D'après Rezé Mensuel et les Archives municipales de Rezé, elles datent des années 1990. Loire-Atlantique Tourisme décrit une habitude plus ancienne : les pêcheurs peignaient les volets avec les restes de peinture des bateaux, et les murs restaient clairs. Les habitants ont ensuite peint les façades, encouragés par la mairie.

Qui étaient les cap-horniers de Trentemoult ?

Au XIXe siècle, Trentemoult fournit de nombreux officiers de commerce au port de Nantes. Les cap-horniers sont ceux qui avaient franchi le cap Horn. Dans la seconde moitié du siècle, ils se font construire à l'ouest du vieux village des maisons bourgeoises et des jardins plantés d'essences exotiques rapportées de leurs voyages. Julien Chauvelon, capitaine trentemousin, a commandé le Belem pendant treize ans.

Que faire à Trentemoult ?

Se perdre à pied dans les ruelles et sur les quais, voir le port, s'arrêter à une terrasse, venir le samedi matin pour le marché, et pousser jusqu'au Pendule de Roman Signer (Estuaire 2009), sur une ancienne centrale à béton. Compter une balade à pied, pas une visite en voiture. Le Chronographe et la Cité radieuse sont à Rezé, en dehors du vieux village.

Venir à Trentemoult en Navibus · Manger à Trentemoult, à Rezé · Les artistes de Trentemoult

Sources

Textes : d’après Rezé Mensuel (Ville de Rezé), les Archives municipales de Rezé, Naolib et Nantes Métropole.

Une idée, une suggestion, un coup de gueule ? Écrivez à contact@trentemoult.com.